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Des réponses innovantes pour restituer leur utilité sociale aux aînés Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

 

"Quelle vieillesse demandons-nous ?" La prise en compte du vieillissement de la population, loin de ne poser que des questions financières, nous interroge sur notre projet de vie et notamment notre projet de fin de vie. Autonome ou dépendant, ne ressent-on pas le besoin d'être intégré à la société, quel que soit notre âge ? Ne faut-il pas porter nos efforts et nos espoirs vers des projets innovants qui réhabilitent l'utilité sociale des personnes en fin de vie ?

 

Les bistrots mémoire : lieux d'accueil de la parole
Les "bistrots mémoire" font l'objet de la présentation d'un extrait du film de Christophe Ramage commenté par Isabelle Donnio, psychologue, directrice du service de soins à domicile de l'association de soins pour personnes âgées et handicapées du nord-ouest de Rennes (Aspanord).
A cause de la maladie d'Alzheimer, la communication s'éteint progressivement entre les générations, entre les membres d'une famille et appauvrissent par conséquent leurs relations. Le bistrot, lieu convivial, non marqué par le soin et la prise en charge, peut alors accueillir une démarche de réinsertion des malades et de leurs familles dans la société. L'initiative des "bistrots mémoire" répond donc à une envie d'"accueil de la parole, celle des malades et de leurs familles (…) C'est une aventure à vivre, partie des observations sur le terrain, de la part des professionnels et des familles." Bénévoles et psychologues, présents lors des séances, apportent également aux personnes présentes des réponses à leurs interrogations. Du côté financier, Isabelle Donnio souligne le fait que "heureusement, les initiatives n'attendent pas les financements, sinon peu auraient vu le jour."

 

Les résidents, acteurs d'une animation par le partage de savoir
(Geneviève Lasbleis, directrice du centre intercommunal d'action sociale du Cap Sizun-29)

"Entre nous, on se dit que le Cap Sizun, c'est le bout du monde mais on ne voudrait pas qu'on nous le dise. On dit aussi que le Cap Sizun est enclavé. Mais il ne faudrait pas qu'on nous le dise. On dit que le Cap Sizun vieillit, et là, on veut que ça soit reconnu." Dans le Cap Sizun, les 75 ans et plus représentent en effet 15% de la population.
Le projet du centre est de rendre les résidents acteurs d'une animation parce qu'ils ont quelque chose à transmettre. Ce projet a pour origine une obligation légale : écrire un projet de vie. "Ecrire le projet de vie de quelqu'un d'autre me paraissait incongru. J'ai déjà bien du mal avec le mien. Puis, plus on y réfléchit, plus on s'aperçoit que dans notre métier, c'est souvent la routine. Il y a peu de moments où on s'assoit, où on prend le temps de discuter, de parler avec les personnes de leurs envies. Et on s'interroge : est-on au service des personnes ? Ou au service de sa profession ? Finalement, personnes âgées et personnel sont les habitants du centre."
Pour la plupart des résidents du Cap Sizun, la langue maternelle est le breton. Il existe donc une barrière linguistique entre résidents et personnels. A partir de ce constat, l'idée a été de créer des animations pendant lesquelles les personnes âgées enseignent le breton au personnel, aux résidents non bretonnants, à la famille aussi. Un animateur est présent pour coordonner et permettre l'apprentissage, mais souvent ce sont les personnes âgées qui dirigent le cours, parlent de ce qu'elles connaissent. "La communication passe mieux en breton. Quand par exemple, le cuisinier annonce le pot-au-feu en breton, c'est tout de suite meilleur."

Intergénérationnel : la crèche au cœur du foyer des personnes âgées
(Maryvonne Van Nieuwenhuyse, présidente de la résidence)

Trente ans d'existence marquent le foyer "Le Clos d'Orrière" qui avait été, à sa création, primé par la Fondation de France pour son caractère innovant : le rapprochement des générations par son emplacement au sein du village. Aujourd'hui encore, il est à gestion associative dans un souci de garder le lien social, le lien avec la vie locale.
En 1991, a été créée une maison familiale, une salle commune pour les malades d'Alzheimer. Et puis, au sein du village, s'est posée la question d'une crèche et d'un lieu pour la créer. Une proposition est alors faite aux parents : "Installer la crèche dans des locaux inoccupés du centre, avec pour objectif le rapprochement de l'enfance avec les personnes âgées, le brassage des générations."
Une fois par mois, les enfants, les plus grands et les plus autonomes, vont à tour de rôle partager le repas avec les personnes âgées. D'autres activités comme par exemple des jeux, du jardinage, de la lecture, du dessin, de l'art floral, de l'informatique, sont organisées. L'idée est de rapprocher par les pratiques. La personne âgée retrouve sa place. Elle est valorisée dans son histoire de vie, dans ses compétences (ex : cuisine). "Elle retrouve sens à sa vie."

Planète Senior : quand des personnes âgées font leur propre émission de télévision
(Irène Sipos, directrice de la maison de retraite Saint-Cyr)

Planète Seniors, avec ses 40 émissions par an diffusées sur TV Rennes, est née de l'envie d'aller vers l'extérieur, vers le public. L'émission touche des sujets variés, pour faire sourire, pour faire réfléchir aussi ("On n'a plus l'âge de plaire. On a l'âge de ne pas déplaire"). Les sujets peuvent aller de la remise en forme après les fêtes à un quartier, à une histoire, qui, "grâce à la personne âgée, retrouve un sens". Le comité de rédaction est composé de résidents et d'animateurs et ce, dans cinq établissements. "La personne âgée, quelle que soit sa dépendance, reste une personne. A nous de nous adapter."
Financièrement la gestion est assez compliquée. Lorsque le projet débute, des crédits sont facilement accordés pour l'aspect innovant. Ensuite, c'est plus difficile. "Ce projet, porté par des personnes autonomes, existe parce qu'autour existe une multiplicité de projets".

"Ne pas penser systématiquement aux coûts"
(Pierre-Yves Malo, président de l'association "Psychologie et vieillissement")

Portés localement afin de réellement répondre aux besoins, "ces projets innovants sont porteurs d'espoir et d'envie. Il faut changer notre regard sur le vieillissement : ne pas penser systématiquement aux coûts, à la dépendance, aux charges, etc.". Il faut également penser à la proximité, à la mixité et à des projets qui peuvent évoluer.
Une réflexion est donc à mener sur l'habitat, la mixité, et le lien social à intégrer : "Va-t-on assez loin dans l'intergénérationnel ?" L'idée est de travailler sur les projets d'établissements, avec en tête la pluralité d'aspirations (personnes autonomes, personnes dépendantes) et éviter l'exclusion. Il faut aussi prendre conscience que les collectivités ne peuvent pas tout faire.

Source : Seniorscopie

 
 
 
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